Role e la mission de la femme dans l’eglise

CONFERENCE

Role e la mission de la femme dans l’eglise
Groupe francophone de Rome UISG – 19 mai 2008

I. Introduction

Nous nous trouvons face à un nouveau moment dans le débat culturel sur le thème de la femme. A partir du dix-septième siècle, le mouvement féministe se concentra dans la reconnaissance des droits civiles de la femme sur différents niveaux : politique,(1) économique, éducatif (2) accomplissant au cours des siècles d’importants pas. Le féminisme radical des années soixante généra une lutte de pouvoir contre l’homme promouvant l’autonomie totale de la femme et la liberté pour son propre corps. De cette façon s’unirent au féminisme, la libération sexuelle et l’avortement. Aujourd’hui nous pouvons prouver la faiblesse de leurs principes vu que les femmes ne se sentent pas réalisées comme elles se l’attendaient.

En ce qui concerne le rapport homme et femme, nous sommes donc témoins de deux courants. D’une part, la tendance promue par les organismes internationaux et les gouvernements d’Occident, qui ne soulignent pas les différences de l’homme et de la femme, les éliminant totalement. C’est le cas de la théorie du gendre, fruit du relativisme totalisant qui oppose un déterminisme naturalistique à un volontarisme dont l’importance principale est l’autonomie personnelle. La valeur normative n’est pas donnée par le corps mais par la dimension culturelle.(3) D’autre part, la vision du féminisme de la différence conduite par Lucy Irigaray propose une différence ontologique des sexes à tel point qu’un sexe devient pour l’autre une réalité incompréhensible et inintelligible, avec deux mondes symboliques différents et incommunicables.

Nous sommes en train de célébrer le 60ème anniversaire de la déclaration des droits humains et nous pouvons constater que dans la culture occidentale, à niveau conceptuel la dignité égale entre homme et femme est un droit reconnu. Mais nous devons dire que cette vérité ne surgit pas dans cette déclaration mais à l’origine de la tradition judéo - chrétienne. Pendant le congrès «Femme et homme, l’humanum dans sa totalité », Madame le professeur Gerl Falkovitz, a déclaré que l’humanisation de la femme et l’humanisation de l’homme surgissent seulement avec la culture judéo - chrétienne. Ce fut grâce au christianisme qu’a émergé le thème de la femme comme personne considérée au-dessus de la biologie. (4)

II. Validité du Magistère Pontifical

Pour le péché de l’être humain, concernant l’axiome de la dignité égale de la femme et de l’homme, ce dernier ne s’est du tout manifesté ni concrétisé dans les cultures et les dimensions de la société. Pour ce motif Jean Paul II, sensible à la réalité de la femme, publia en 1998 la carte apostolique « Mulieris dignitatem » proposant une clé anthropologique fondamentale pour la relation homme et femme. Jean Paul II de sa philosophie personnaliste soutient que le sens profond d’avoir été créé comme image de Dieu signifie que l’être humain est une personne vouée pour la communion. C’est l’apport le plus important que Jean Paul II a réalisé dans sa carte apostolique, comprenant l’être humain créé à l’image de Dieu comme personne se réalisant seulement avec un rapport réciproque et manifestant dans cette communion l’image de la Trinité : «L'image et la ressemblance de Dieu dans l'homme créé comme homme et femme (par l'analogie que l'on peut présumer entre le Créateur et la créature) expriment donc aussi l' « unité des deux» dans leur humanité commune. Cette «unité des deux», qui est signe de la communion interpersonnelle, montre que dans la création de l'homme a été inscrite aussi une certaine ressemblance de la communion divine («communio»)»(5).

Ce concept de personne basé sur la communion est le message positif de l’anthropologie chrétienne qui inclut une proposition de l’Evangile pour la relation homme et femme. Il surmonte une perspective conflictuelle entre l’homme et la femme ; il propose une unité, parce qu’étant appelés à la communion réciproque, la subordination de la femme est abandonnée; finalement ce concept s’éloigne d’une accentuation excessive dans la différence que génèreraient deux mondes incommunicables entre eux.

Jean Paul II démontra aussi comment la « nouveauté » évangélique se manifeste dans la rapport époux et épouse. Il s’agit d’une soumission réciproque : « soumission réciproque dans le crainte du Christ » (Cfr. Ef. 5, 21). Le Saint Père invite donc à lire les textes bibliques qui parlent de la soumission de la femme au mari, non avec la vision de la tradition d’Israël mais avec la nouveauté du Christ.

Entre autres, Jean Paul II invita à une complémentarité non seulement biologique ou psychologique mais aussi ontologique entre l’homme et la femme. Je crois qu’ici se trouve l’actualité de Jean Paul II et nous devons continuer la réflexion. L’urgence d’une réflexion non seulement pour la femme mais également pour l’homme s’est manifestée pendant le Congrès. Justement certains participants ont proposé que dans une prochaine rencontre le thème soit « l’identité de l’homme ». Comme Ales Bello a affirmé dans son intervention: « il n’est pas possible examiner la femme sans examiner l’homme. En d’autres termes, si on veut procéder à une analyse plus exhaustive de l’être humain, donc à une anthropologie valable, cette analyse doit comprendre également l’anthropologie des deux. (…) prendre la dualité comme élément fondamental. Il s’agit de la nécessaire co-présence de l’universel, de la dualité et de la singularité».(6)

III. La mission de la femme dans l’Eglise

La question qui surgit spontanément est : comment faire pour que cette richesse anthropologique s’intériorise et devienne réalité dans la vie et dans la mission de l’Eglise ?

Comme nous l’avons exposé : on ne peut pas réaliser un discours unilatéral sur le thème de la femme sans parler de l’homme. C’est exactement la même chose quand nous parlons sur la présence de la femme dans l’Eglise. Nous devons donc dire quelque chose également sur la présence de l’homme dans l’Eglise. Nous nous trouvons face à différents défis.

a) D’un côté, sur la présence de la femme dans l’Eglise il est nécessaire affirmer que, dans la dimension charismatique de l’Eglise, sa présence a été et est jusqu'à présent très significative. Il suffit observer la réalité pastorale, la vie des communautés ecclésiales pour être conscients que la femme a une grande sensibilité religieuse et une grande présence dans la vie ecclésiale. Par contre, « l’homme est le grand absent » dans l’Eglise. Ceci indique, d’une part, le besoin que la femme devienne l’apôtre des autres apôtres ; concrètement apôtre de l’homme. D’autre part par contre, qu’il y ait beaucoup plus d’hommes aptes à devenir des modèles pour les hommes jeunes. Peut-être, que cette absence des hommes advient pour le phénomène de la féminisation de l’Eglise (7), que je crois soit une expression d’une certaine féminisation de la culture, dans laquelle l’homme ne trouve pas les caractéristiques qui répondent à son identité masculine. Dans l’Eglise, il faut que les éléments féminins et masculins soient à la fois présents.

b) D’un autre côté sur la responsabilité des femmes dans l’Eglise avant tout il faut signaler que les transformations sociales et culturelles aidèrent la femme à comprendre sa responsabilité dans la co-création de la culture. L’appel à édifier le monde n’était pas seulement un devoir masculin, mais dès la Genèse l’homme et la femme furent appelés ensemble à exercer la maîtrise sur toute la création. Pendant longtemps, la femme fut limitée seulement dans le cadre familial et durant ces dernières décennies elle devint consciente de sa mission dans le cadre public. Je crois qu’il soit fondamental préciser que sa participation ne soit pas comprise d’une perspective pragmatique ou séculaire mais d’une vision de la foi.

La première vérité est que les femmes et les hommes répondent à leur identité baptismale et qu’ils assument en première personne et de manière active la mission évangélisatrice de l’Eglise. Ici je retourne à une réflexion duale : il faut que tous les deux croissent dans la conscience baptismale : l’homme et la femme devront apporter leurs propres caractéristiques pour l’édification de l’Eglise.

Une plus grande participation de la femme dans l’Eglise doit surgir de la mission apostolique. Bien sûr, il ne faut pas réduire tout ceci à des politiques administratives parce que ça nous éloignerait du message évangélique. Il faut qu’il y ait beaucoup plus de femmes avec des responsabilités dans l’Eglise mais ceci implique avant tout une réponse à la vocation et à l’appel personnels. Chaque femme doit trouver sa vocation personnelle et la mission que Dieu veut lui confier.

Le Saint père Benoît XVI (seize) invite les femmes à une présence majeure : « je crois qu’elles-mêmes, avec leur entrain, leur force, leur supériorité, et avec ce que je définirais leur puissance spirituelle, sachent trouver leur espace ».(8) Il invite lui-même les femmes à travailler dans les structures de l’Eglise. En août 2006, lui-même constata que cette présence était en train de devenir une réalité. Les femmes collaborant dans les postes de responsabilité dans les organismes du Saint Siège, dans les Synodes, dans les paroisses, dans les structures diocésaines également dans la leadership des mouvements ecclésiaux et des nouvelles communautés sont de plus en plus nombreuses. Cependant, il est important qu’il y ait plus de femmes dans les structures consultatives : dans le conseil pastoral diocésain, dans le conseil pastoral paroissial, dans le conseil économique paroissial et autres.

Le Card. Rylko rappelait «comment après le Concile s’était ouverte une importante et énorme collaboration active des laïcs avec le ministère des prêtres à travers différents ministères.(9) Il suffit de penser à la participation des femmes dans les célébrations liturgiques, dans le ministère du lectorat ; combien de femmes ministres extraordinaires de l’Eucharistie (10) et combien se sont dédiées à la diaconie de la charité avec les pauvres, malades et marginés. Cette collaboration doit être donnée respectant toujours les normes du droit canonique - normes rappelées dans le document inter- dicastère, Instruction sur quelques questions concernant la collaboration des fidèles laïcs au ministère des prêtres (11)».(12)

Concernant le thème des ministères est également intéressante la perspective de Paola Bignardi qui affirme : «je retiens qu’il vaut mieux que la femme n’ait aucune implication à l’institutionnalisation du ministère et qu’elle soit, de cette manière, plus libre pour pouvoir exprimer une dimension prophétique et de don. Je retiens que la non - appartenance de la femme à l’institutionnalisation du ministère ne constitue aucune exclusion mais, au contraire, qu’elle ouvre un chemin de valorisation d’un aspect de son don que l’Eglise a besoin pour parler de nos jours».(13)

Cependant parlant des ministères, des responsabilités dans l’Eglise, nous ne pouvons pas assumer des critères séculaires. Nous devons éviter la compétition avec l’homme tentant d’accomplir sa mission. Nous ne devons pas également glisser dans la recherche du pouvoir qui finirait par copier les défauts de l’homme.

Nous n’avons aucun besoin d’emprunter des termes qui nous éloigneraient du message évangélique. Le mot « empowerment » de la femme est souvent utilisé dans l’Eglise pour promouvoir une plus grande responsabilité de la femme dans les structures ecclésiales. Zimmerman (14) signale qu’il s’agit du “sentiment d’avoir le pouvoir” dans les structures du système.

Dans le domaine sociologique, empowerment signifie le processus pour lequel les citoyens les plus défavorisés font valoir leurs propres raisons et s’impliquent dans ce processus décisionnel des institutions publiques selon les méthodes démocratiques. Toutefois, l’Eglise n’est pas une réalité purement sociologique comme n’importe quelle autre institution publique. Comme Eglise nous ferions une grave erreur si nous appliquions les règles et les mots de toute société démocratique. Il est nécessaire que sur le thème de la femme, la communauté ecclésiale ne soit pas une copie des débats du monde. Avant tout, que l’Eglise elle-même se comprenne comme un mystère de communion avec une structure organique.

Face à ceci, nous pouvons donc répondre que la discussion sur la possibilité d’accès des femmes au ministère sacerdotal est advenue parce que, dans la pratique le sacerdoce a été évalué et a été vécu maintes fois comme un lieu de privilège et de décision - making-power. Le Cardinal Ratzinger d’alors affirmait : «si c’était sa nature, il résulterait donc difficile de comprendre pourquoi exclure la femme de la décision – making et donc le « pouvoir » dans l’Eglise ne peut pas représenter une discrimination».(15) Malheureusement, il existe encore un peu une vision cléricaliste de l’Eglise. Il faut vivre une ecclésiologie de communion dans laquelle la hiérarchie, instituée pour le Christ, ne soit pas assumée par une perspective mondaine du pouvoir. Le pouvoir et l’autorité doivent être vécus comme un service et pour ceci offrir l’espace pour la participation de la femme. Ratzinger signalait qu’il était nécessaire que «le sacerdoce dans son image empirique concordasse avec son idée théologique et qu’il fusse continuellement libéré de son apparence de privilège (…) il faut donc le concevoir au sacerdoce à l’image du Christ crucifié, du Christ qui lave les pieds, du Christ qui prêche et qui dit : ma doctrine n’est pas la mienne. L’entrée dans le sacrement c’est l’auto-détachement pour servir le Christ».(16)

Outre à la purification continue du sens du sacerdoce, il faut que la femme trouve son espace de coresponsabilité dans l’Eglise. Benoît XVI invitait les évêques à collaborer à cette participation et disait : «nous devons chercher et nous mettre à l’écoute de Dieu, pour ne pas nous opposer à Lui, mais être heureux que l’élément féminin obtienne dans l’Eglise son lieu opérationnel qui lui convienne».(17)

Nous pouvons constater que cet espace s’ouvre toujours plus. Toutefois, je crois que la formation de futurs sacerdoces soit fondamentale pour avoir une juste perspective sur le sacerdoce et sur la femme.

c) La femme consacrée dans l’Eglise : parlant dans le cadre de la vie consacrée nous nous trouvons face à un double défi : (1), les transformations qui sont advenues historiquement mettent en discussion l’identité de la femme religieuse et, en général, l’identité de la femme dans l’Eglise. (2), la vie consacrée féminine - même, pour sa radicalité de vivre les valeurs du Règne, peut et doit aider pour que cette participation active de la femme ne fasse pas les mêmes erreurs de l’homme, ou ne tombe dans les mêmes schèmes du monde. Elle doit contribuer avec les valeurs proprement féminines como son :

1. La centralité de Dieu et la sensibilité religieuse féminine

Dans un monde où se valorisent l’efficience et les résultats immédiats envers la grande souffrance, la pauvreté et la douleur du monde, il existe toujours la tentation de donner la primauté à l’action avec une tendance forte au pragmatisme et à la confiance démesurée dans les œuvres des propres mains. L’action est fondamentale, toutefois elle doit jaillir de la primauté de Dieu dans la vie de la communauté de foi. Benoît XVI dans l’Exhortation apostolique Sacramentum caritatis retenait que «La contribution essentielle que l'Église attend de la vie consacrée est beaucoup plus de l'ordre de l'être que de l'ordre du faire».(18) Je crois qu’avec ceci, le Saint Père ne veuille générer aucune opposition entre l’être et l’action, mais plutôt veuille rappeler la hiérarchie dans laquelle œuvrer naît de l’être et que l’action même soit une manifestation de l’être. Dans nos communautés, souvent la mission apostolique est devenue une réalité activiste, cherchant de tout planifier, de tout projeter et ceci aumente la fatigue de la foi.

Au contraire, nous devrions affirmer que dans la vie consacrée, la primauté de Dieu doit être l’objectif fondamental. Une primauté de Dieu qui se manifeste dans ce que le Pape Benoît XVI, dans son voyage aux Etats-Unis, appelle le besoin d’une « conversion intellectuelle ». Notre approche à la réalité, notre manière d’évaluer les problèmes, la vie, les difficultés, doivent avoir une vision de foi qui aillent au-delà des réponses conventionnelles. Cela nous oblige à avancer dans un chemin de purification continue à travers la rencontre avec le Christ : «Une fois de plus, en d'autres termes:  il s'agit de la place centrale de Dieu, et précisément non pas d'un dieu quelconque, mais du Dieu qui a le visage de Jésus Christ. Cela est important aujourd'hui. Il y a tant de problèmes que l'on pourrait énumérer mais qui - tous - ne peuvent être résolus si Dieu n'est pas placé au centre, si Dieu ne devient pas à nouveau visible dans le monde, s'il ne devient pas déterminant dans notre vie et s'il n'entre pas également à travers nous de façon déterminante dans le monde».(19)

Dieu doit toujours être au centre de nos projets pour ne pas confondre « mon projet » avec le projet de Dieu. C’est seulement remontant à la source de l’amour de Dieu que l’on pourra être apôtres dans le monde et les hommes habitués à une société positiviste pourront percevoir que Dieu n’est pas une idée abstraite mais absolument réelle, puisque Dieu s’est fait chair dans la propre existence, dans le mode de penser, de sentir, de réagir et de vivre.

Sur le sens religieux, il faut signaler que la femme possède une sensibilité particulière face au Mystère. Actuellement, nous voyons la difficulté - de nombreuses personnes habituées à une perspective rationaliste et habituées d’avoir bien en main le contrôle - de réaliser avec liberté l’acte de foi. Nous sommes également témoins d’une tendance, celle de réduire la foi dans sa dimension plus émotionnelle et sentimentale, relativisant des vérités fondamentales qui surgissent en suivant le Christ. La femme croyante a une facilité pour unir la dimension rationnelle avec celle intuitive. Il s’agit d’une foi qui passe à travers le cœur, qui se confie à Dieu mais aussi dans la vérité que Dieu lui révèle, soit pour la véracité de son contenu comme pour la confiance amoureuse dans la personne du Christ. Jean Paul II dans la Mulieris dignitatem signala: «Le Christ parle aux femmes des choses de Dieu et elles les comprennent, dans une réceptivité authentique de l'esprit et du cœur, dans une démarche de foi. Devant cette réponse tellement «féminine», Jésus montre son estime et son admiration, comme dans le cas de la Cananéenne (cf. Mt 15, 28). Parfois, il donne en exemple cette grande foi imprégnée d'amour: en somme, il donne un enseignement à partir de cette adhésion féminine de l'esprit et du coeur».(20)

Parlant sur le sens religieux féminin sœur Cristiana Dobner montrait à Marie comment est le modèle paradigmatique à suivre. Analysant le texte de Luc d’une Marie qui «gardait fidèlement toutes ces choses en son coeur» (Lc 2, 51), la Dobner indiquait comment Marie possède une richesse toute féminine et comment son approximation à la foi a la même caractéristique : «une posture attentive et vigilante, pensante et accueillante, avec une attention particulière au rapport et aux événements mêmes. (…) Double position : d’extase précise gardant les événements et de dynamique active se confrontant et s’interrogeant». Pour sœur Dobner, c’est la femme qui a cette capacité de réfléchir partant d’elle-même. Parlant de Marie elle continue : «se confronter sur tout signifie : penser sur soi-même, penser sur le Fils, penser sur l’histoire qui se passait (…) Marie réfléchit et pense parce qu’elle est « cœur », lev, dans le langage de la Torah et dans la mentalité sémite de Marie, lev indique le centre de la personne, dénote l’intériorité de la personne, son esprit, son âme, sa conscience et surtout la liberté avec laquelle elle dispose elle-même orientant vers un but déterminé toute son intelligence, son affectivité et sa sensibilité».(21)

Nous pouvons dire que la foi dans sa vie est si intense qu’elle détermine toute sa personnalité (22). Marie vit de sa foi, sa vie est enveloppée dans la foi : «elle ne croit pas seulement avec son intériorité religieuse […] mais qu’en cette foi elle reçoit la forme même de son existence humaine et féminine».(23) A ce point, nous avons une clé fondamentale. La foi de Marie en Christ lui révèle sa propre identité et devient un chemin de personnalisation. Les êtres humains nécessitent de modèles concrets, de femmes et hommes de profonde foi capables de démontrer l’horizon de la vraie humanité. C’est le défi le plus important des femmes consacrées. Assumer le modèle Marianne d’une vie modelée dans le « si » obéissance à Dieu qui forme notre « je féminin » et montre au monde la beauté et la véracité de cet horizon d’amour et obéissance.

2.Préoccupation pour la personne concrète

Face à la logique du monde dans lequel domine une société de l’efficience, de l’égoïsme, de la recherche du bien-être et du pouvoir, la femme ne peut pas perdre son charisme qui jaillit de sa maternité, le charisme de voir l’essentiel et de se préoccuper de la personne concrète.

La femme a la capacité de donner un espace à l’autre, de valoriser et d’extraire le meilleur des autres, mettre au-dessus de ses propres intérêts le bien de l’autre personne. La femme est appelée à protéger les sans défense et les sans protection. Comme affirmait Paola Bignardi : «la femme doit témoigner la primauté de la personne ; la valeur des relations interpersonnelles vécues dans la gratuité, l’importance de l’être sur l’avoir, sur l’apparaître et sur le faire. Vivre sa propre féminité signifie pour la femme accepter d’être témoin de ces grandes valeurs mais qui ne sont pas gagnants».(24)

3. Maternité intellectuelle

Il me semble qu’une contribution fondamentale sera comment la femme unira l’exercice de sa maternité édifiant la culture. Aujourd’hui plus que jamais, à cet appel à évangéliser, la culture se montre particulièrement excitante. Nous sommes face à un monde qui veut démolir tous les fondements et les racines chrétiennes désorientant l’être humain. Face à la crise de vérité, les femmes doivent être apôtre de la vérité. Une femme doit être collaboratrice de vérité, bouche de la vérité, porteuse de la vérité. Et chaque femme offrira ce service à partir de ces qualités particulières : dans l’Apostolat direct, dans la direction spirituelle, dans l’animation des groupes, dans les initiatives culturelles, dans l’éducation à travers les moyens de communication, dans la production intellectuelle, dans la paroisse et dans le monde du travail et dans les postes de responsabilité qui permettent d’inspirer des actions dans les différents domaines.

Comme la caractéristique principale de la femme est la maternité et comme la culture post- moderne renonce à la maternité et à la vérité, la femme doit unir et vivre une intelligence maternelle. Dans un monde où, avant tout, existe le relativisme et l’on refuse toute présentation de la vérité, la femme est appelée dans l’église à préparer le terrain du cœur humain, présenter et communiquer la vérité pour qu’elle puisse être accueillie.

La femme, pour sa maternité, est unie à la génération de la vie et à l’éducation et à la formation de cette dernière. Pour ceci, elle est capable de générer et d’éveiller dans l’autre être, le désir de la vérité. Cardinal Caffarra affirme que la vraie génération consiste dans l’éducation».(25) Dans ce sens, les femmes doivent suivre les pas de Marie. Elle fut appelée dans la Conférence générale de l’Episcopat latino-américain en Puebla « la pédagogue de l’Evangile ». La femme est nommée à présenter la vérité avec le profond respect pour la liberté et, avec sa délicatesse et son tact maternel, elle pourra former et aider les autres à l’adhésion, à la vérité qui les transcendent.

Il ne s’agit pas seulement d’un simple exercice de la maternité. Vivre une intelligence maternelle signifie offrir un accent en la foi dans l’esprit. Elle doit se former intellectuellement pour qu’elle puisse donner aux autres la raison de son espoir.

3.Dimension prophétique et action évangélisatrice

Nous pouvons dire qu’en Marie, le terme prophétie se définit beaucoup mieux. C’est-à-dire, la dimension prophétique comme capacité d’écoute, de perception, de sensibilité spirituelle qui lui permet de percevoir l’Esprit Saint l’assimilant et l’offrant au monde. La ligne Marianne incarne le caractère prophétique de l’Eglise. Marie a été vue pour les Pères de l’Eglise comme l’archétype des prophètes chrétiens : «Vivre dans la splendeur de la vérité, que le vrai comportement ouvert au futur soit l’unique valable clarification de tous les présents».(26)

En Cana, nous la voyons agir comme une vraie prophétesse. Non seulement disciple qui écoute mais aussi prophétesse :«La prophétesse a le devoir de parler dans le lieu de Dieu, en face de Dieu, en face de ceux où elle a été envoyée avant qu’arrive le futur de Dieu».(27)

Les prophètes communiquent toujours la parole actuelle, ils réussissent à interpréter les signes du temps à la lumière de l’Evangile pour raviver le message du Christ pour chaque génération. Les prophètes donnent chair et peau aux os arides et remplissent un corps mort avec le souffle de l’Esprit. C’est ainsi que la caractéristique de la prophétie Marianne est, et qu’en elle la parole s’est faite chair pour son « Si » généreux sans opposer résistance au plan divin. En elle et envers Dieu, tout est liberté ouverte. Elle est une prophétie intériorisée et accueillie et se transforme en chair pour la donner au monde.

Pour notre baptême, nous sommes appelés à être prophètes et que nos paroles deviennent chair. Si nous vivons les valeurs féminines ressemblant à Marie nous serions réellement un signe prophétique pour nos jours. Notre disponibilité à partager la croix avec Jésus sera la pierre qui vérifiera notre dimension prophétique. En aucun cas le prophète ne cherche imposer lui-même. Son message se vérifie dans la croix du Christ.

 

(1) En 1791 Olympe Marie de Gouges redactó la “Declaración de los derechos de la mujer” al irrumpir la Revolución francesa.
(2) En Alemania el movimiento femenino se planteó en la perspectiva educativa. Entre las representantes más célebres encontramos a Hedwig Dohm (1883-1919).
(3) H. B. Gerl-Falkovitz, «La teoria del “gender”: una sfida per il cristianesimo», en: Vita e pensiero, 1/2008, 40- 51.
(4) H. B. Gerl-Falkovitz, «Jésus de Nazareth, Marie et les femmes dans l’évangile et dans les premières communautés» dans Congrès International Femme et homme l’humanum dans sa totalité», 6 février 2008.
(5) Jean Paul II, Lettre apostolique Mulieris dignitatem, n. 7.
(6) A. Ales Bello, «La questione femminile in Edith Stein - Lineamenti di un’antropologia duale», dans Congrès International Femme et homme l’humanum dans sa totalité», 6 février 2008.
(7) Cfr. G. Carriquiry, «Participation and collaboration in the life of the Church» en: Men and Women, diversity and mutual complementarity, Città del Vaticano 2006, 181-191.
(8) Entrevista al Santo Padre Benoit XV en previsión de su próximo viaje a Baviera, 5/08/2006.
(9) Jean Paul II, Exhortation apostolique Christifideles laici, n. 23.
(10) Cfr. Instruction sur quelques questions concernant la collaboration des fidèles laïcs au ministère des prêtres, Art. 8, Ciudad del Vaticano 1997.
(11) Ibidem.
(12) S. Rylko,
(13) P. Bignardi, Responsabilité et participation de la femme à l’édification de l’Église et de la société», dans Congrès International Femme et homme l’humanum dans sa totalité», 8 février 2008 (Tdt).
(14) Cf. N.A. Peterson – M.A. Zimermann, Beyond the individual: toward a nomological network of organizational empowerment, in: American Journal of Community Psychology, vol. 34, 129-145.
(15) J. Ratzinger, ¿Va contra los derechos de la mujer el sacerdocio del varón?, en: Osservatore Romano, edición español, 10 de abril de 1977, p. 303.
(16) Ibidem.
(17) Entrevista al Santo Padre Benoit XV en previsión de su próximo viaje a Baviera, 5/08/2006.
(18) Benoît XVI, Exhortation apostolique Sacramentum caritatis, n. 81.
(19) Benoit XVI,Homélie avec les évêques de suisses, 7 novembre 2006.
(20) Jean Paul II, Lettre apostolique Mulieris dignitatem, n. 15.
(21) C. Dobner, «Le sens religieux au féminin» dans Congrès International Femme et homme l’humanum dans sa totalité», 8 février 2008 (Tdt).
(22) Cfr. M.G. Masciarelli, Il segno della donna, Maria nella teologia di Joseph Ratzinger, Milano 2007, p. 89.
(23) R. Guardini, La Madre del Signore, Brescia 19972 , p. 34 (Tdt).
(24) P. Bignardi, Responsabilità e partecipazione della donna all’edificazione della Chiesa e della società, dans Congrès International Femme et homme l’humanum dans sa totalité» 8 février 2008 (Tdt).
(25) C. Cafarra, Creati per amare, Siena 2006, p. 157.
(26) MCn, p. 62.
(27) P. 85Il segno Della donna